Publié en 2025, je viens seulement de l’acheter, et je l’ai lu avec un grand intérêt, sur la recommandation de Christian de Perthuis. J’ai beaucoup aimé notamment les chapitres 3 à 7, jubilant parfois de lire des choses que parfois je ressentais profondément sans les avoir toujours explicitées avec le même détail que Gollier. Ni les héros climatiques, ni le Léviathan écologique ni le Crésus vert n’offrent de solutions réalistes à l’échelle nécessaire, la Némésis décroissante et « l’imprécateur de la Standard Oil » moins encore. Vraiment, certains chapitres ont rencontré toute mon adhésion et j’espère garder en tête certaines des meilleures démonstrations.
J’ai quelques réserves sur certains autres chapitres. Défenseur de la taxe carbone, il discute au fond assez peu de sa mise en place dans un contexte international inégal – au-delà de la remarque juste que pour les pauvres des pauvres, elle ne saurait être régressives puisqu’ils n’utilisent pas d’énergies commerciales. Ni des avantages et inconvénients relatifs des taxes et des permis négociables, qui mériteraient d’être analysés plus avant.
Dans les coûts de l’action, je relève des erreurs surprenantes, comme les émissions de CO2 des kWh électriques produits avec du gaz ou du charbon : l’auteur a visiblement confondu avec les kWh thermiques de ces combustibles, il faut multiplier ses chiffres par deux le gaz, par trois pour le charbon. Plus gênant, il reprend une étude qui estime séparément les coûts de réduction du CO2 d’un système électrique « 100% éolien offshore » ou « 100% solaire », hypothèses absurdes conduisant à des coûts très élevés. De même il estime qu’une voiture électrique coûte deux fois le prix d’une voiture thermique équivalente, alors que le surcoût est bien plus modeste
Gollier reconnaît les progrès impressionnants accomplis par les énergies renouvelables depuis quinze ans, mais il les balaie en raison de leur intermittence, surestimant largement les coûts induits et faisant totalement abstraction des progrès extraordinaires et continus des batteries. Et s’il admet la réduction des coûts par apprentissage, il jette cependant l’anathème sur les politiques, effectivement coûteuses, de soutiens aux premiers modules PV déployés. Or c’est bien grâce à ces investissements d’apprentissage que l’humanité dispose aujourd’hui de moyens peu coûteux de réduire des parts grandissantes de nos émissions de GES.
Cela explique que Gollier puisse conclure sur une critique du « génie techno-solutionniste » – du moins en partie. Car j’ai beaucoup de peine à comprendre que des analystes éclairés puissent reprendre à leur compte cette épithète qui se veut d’ordinaire infamante, alors qu’elle amalgame indistinctement le meilleur et le pire, les solutions techniques, forcément techniques, éprouvées, efficaces et bon marché, comme les renouvelables, les véhicules électriques, les pompes à chaleur d’une part ; et de l’autre des propositions dangereuses, comme certaines géo ingénieries, ou tellement coûteuses et mal pratiques qu’elles ne sont agitées par certains lobbies, on le voit bien, que pour gagner du temps sur l’action réelle, comme l’avion à hydrogène ou la capture du CO2 dans l’air.
Pour finir, je reste surpris que ce « théoricien de l’incertitude » ne se soit pas davantage penché sur les solutions qui pourraient faciliter la mise en œuvre de ses outils économiques favoris devant les résistances économiques et politiques largement créées par les incertitudes sur les coûts d’abattement futurs. Les prix planchers dans les systèmes de permis négociables sont évoqués, sinon nommés, sous forme des carbon contracts for difference, les prix plafonds jamais. Pourtant, Ils protègent les politiques climatiques contre les avatars du développement technologiques et les inévitables pressions des lobbies : si les coûts d’abattement atteignent ce plafond déterminé à l’avance et croissant dans le temps au rythme du taux d’intérêt, le système de permis de transforme alors en taxe carbone, susceptible d’ajuster spontanément les réductions d’émissions de court terme en fonction de leurs coûts, mais en préservant soigneusement le signal prix de long terme.
464 pages, 25 euros.

