L’éolien maritime: un immense potentiel « en base et variable »

Pour une fois, mes ex-petits camarades du World Energy Outlook ont fait preuve d’audace. Leur évaluation du potentiel techno-économique mondial de l’éolien offshore est renversante – et disponible pour tous grâce à un rapport spécial, Offshore Outlook 2019, tiré du WEO 2019. Environ dix fois la consommation mondiale d’électricité, et ce, sans aller chercher très loin des côtes (mais en revanche, sans limite sur les côtes nord de la Sibérie et du Canada, cf. plus bas la carte des facteurs de capacité ). Et l’Europe est ici bénie des dieux, avec un potentiel propre plus de dix fois égal à sa consommation présente (voir ci-dessus). Attention, ne vous y trompez pas: le potentiel est en bleu, la demande est en jaune, pas l’inverse!

Les coûts? Appelés à diminuer de moitié – d’un coût moyen aujourd’hui de l’ordre de 100 US$ par mégawattheure en moyenne pour les projets raccordés en 2018, tombant à 50 US$ le MWh en 2025.

A ce régime, l’éolien maritime pourrait, dans un scénario de développement durable, devenir  à lui seul la première source d’électricité en Europe vers 2040, dépassant alors non seulement le charbon, le gaz, l’hydroélectricité, le solaire PV, la bioélectricité et le nucléaire mais aussi l’éolien terrestre, comme on le voit ci-dessus. Et rappelons que dans le scénario dits des « politiques affichées » (Stated Policy Scenario), l’ensemble de l’éolien, terrestre et maritime, qui devient la première source d’électricité en Europe. Un sacré pavé dans la mare de ceux qui affirment que l’éolien « ne sert à rien ».

Et ce n’est pas tout.L’affirmation que l’éolien maritime fournit une « électricité en base variable » ne manquera pas de surprendre, voire choquer. Pourtant, l’utilisation de cet oxymore fait sens. En effet, le concept « variable baseload » oblige à détacher la notion technique de dispatchabilité – la capacité à générer de l’électricité à la demande, quand on en a besoin – du concept plutôt économique de production « en base », c’est-à-dire théoriquement en continu, 24/24 heures et 365/365 jours. En réalité, c’est souvent beaucoup moins, d’abord parce que le taux de disponibilité n’est jamais de 100% – il faut arrêter les centrales nucléaires pour les recharger, inspecter, réparer, les autres centrales thermiques ont aussi besoin d’inspections et de réparations, le combustible est généralement là mais pas toujours – ensuite parce qu’il faut faire face aux variations de la demande d’électricité, et de plus en plus, aux variations, plus accentuées, de la demande  nette d’énergies renouvelables variables, éolienne et solaire. Le WEO souligne donc que « les nouveaux projets éoliens offshore auront des facteurs de capacité égaux ou plus importants que ceux des centrales à gaz conventionnelles, y compris en Europe, Chine, Inde et Corée ». Mieux encore, en Europe ils auront « un facteur de capacité moyen de plus de 45%, supérieur à la moyenne des centrales à charbon en Europe en 2018″ (voir ci-dessus la carte des facteurs de capacité).

Ce qui n’empêche pas la variabilité, bien entendu, notamment d’une semaine à l’autre. En Europe, en Chine, aux Etats-Unis, l’offshore produit plus d’électricité en hiver, et en Inde durant la mousson (de juin à septembre. Dans tous les cas, un profil complémentaire de celui du solaire photovoltaïque, et souvent en phase avec les phases de consommation importante. Bref, la valeur de son énergie est en gros égale au prix de gros de l’électricité, et le restera même en atteignant des pourcentages très élevés dans la production totale (là où celle du PV peut décroître assez sensiblement).

Sa valeur de capacité, dite aussi « crédit de capacité », restera également très élevée, plus que celle de l’éolien terrestre et surtout du solaire PV, aux alentours de 30% en Chine, en Europe et aux Etats Unis (mais plutôt 20% en Inde), ce qui signifie qu’environ 30% des capacités nouvelles pourront être comptées comme « fermes » ou encore qu’un gigawatt d’éolien offshore permet d’éviter la construction de 300 MW de capacités totalement dispatchables – et ceci naturellement sans stockage. Un autre pavé dans la mare des opposants…

Que faire de toute cette électricité? Naturellement, décarboniser l’ensemble de l’économie en électrifiant les secteurs de consommation: bâtiment, industrie, transports, directement chaque fois que c’est possible, indirectement via l’hydrogène dans le cas contraire. Le WEO ne manque pas de pointer là dans la bonne direction, avec cette slide extraite de la présentation de lancement, que je me fais un plaisir de reproduire in extenso:

 

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