COP 21: ambitieux ou contraignant, l’accord, mais il faut choisir!

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Mon interview sur le site ninjaclimat

(Voir aussi l’excellent papier de Dominique Bidou)

Et pour le dire (un peu) autrement: il est très difficile de penser qu’on puisse gérer la question climatique exclusivement par des accords mondiaux de réduction des émissions. Dans un contexte de double incertitude sur les coûts de l’action… (croissance économique, demande d’énergie, prix des fossiles, évolutions technologiques des alternatives, etc.) et sur ses bénéfices (sensibilité climatique de la planète, dommages physiques, évaluation économique des dommages, etc.), nous savons depuis Weitzman 1974 que le choix entre gestion par les quantités et gestion par les prix dépend des « pentes » des courbes de coûts et bénéfices de l’action.

Dans le cas du changement climatique, la pente des bénéfices est forcément proche de l’horizontale (car il est dû à l’accumulation des GES dans l’atmosphère, et non pas aux émissions instantanées) tandis que la pente des coûts de l’action devient progressivement plus forte si on agit fortement sur les émissions à court terme. Dès lors, le changement climatique devrait être combattu par une action sur les prix (qui permet de maîtriser les coûts de l’action) plutôt que sur les quantités (qui ne donne que l’illusion de maîtriser les dommages). Je crois avoir montré de façon rigoureuse (en vidéo ici) qu’une action sur les prix entraîne des espérances de coûts bien plus faibles pour des espérances de résultats climatiques identiques. Autrement dit, les pays, notamment en développement, qui refusent de prendre des engagements quantitatifs contraignants, ne sont pas des bad guys : leur attitude est assez rationnelle. Ceci étant, comme il n’y a pas de réelle contrainte internationale possible, c’est moins grave, si j’ose dire, et des accords sur les quantités qui organisent les attentes de tous les acteurs de la société seraient bien sûr très utiles.   De fait, le problème climatique est un vrai dilemme du prisonnier, problème trop souvent confondu avec celui de l’assurance. Chaque acteur (Etat, ici) a intérêt à faire défection, quelle que soit l’attitude, coopérative ou non, des autres acteurs, du moins tant que l’action est perçue comme un coût, presque inévitablement supérieur au bénéfice que chacun (chaque Etat) peut recevoir de sa propre action. Un échange de promesse ne peut donc dissiper la méfiance.

Une autre façon de coordonner l’action serait donc par les prix. C’est de toutes façons indispensable, mais on voit combien c’est long et difficile, que ce soit au plan intérieur (voir l’abandon de l’écotaxe après une adoption parlementaire unanime) ou international. Si l’action n’est pas homogène elle suscite des craintes légitimes de « fuites », mais comment pourrait-elle être homogène dans un monde aussi inégal ? J’ai longtemps pensé qu’un système de quantités nationales (quotas), répercuté au plan intérieur par des systèmes de permis échangeables (qui peuvent être « amont » pour les carburants et combustibles résidentiel et « aval » pour les entreprises et la production électriques, donc contrôlant toutes les sources), encadrés par des prix plafonds et prix planchers clairement définis dès le départ, permettrait de combiner les avantages économiques d’une gestion par les prix, et les avantages politiques d’une gestion par les quantités – le fait de pouvoir différentier les allocations selon le niveau de développement. Mais l’ampleur des transferts internationaux nécessaires pour que cela puisse marcher me fait douter de la faisabilité politique.

La théorie des jeux suggère qu’une coopération peut néanmoins s’esquisser dans le cas de jeux répétés, à condition que certains acteurs au moins adoptent la stratégie du « tit-for-tat » (ce qui devrait dissuader l’Union Européenne d’agir à nouveau seule si les principaux « autres » n’agissent pas, et non pas chercher à donner le bon exemple…) – mais le processus serait trop long par rapport à l’urgence climatique.

L’autre façon d’avancer consiste à modifier la matrice des coûts et bénéfices – ou leur perception. C’est ici qu’interviennent les renouvelables et l’efficacité énergétique – on pourrait ajouter la reforestation, la gestion des déchets, etc. Des actions qui réduisent les émissions mais dont les autres bénéfices sont tels que leurs coûts apparaissent finalement négligeables. C’est « l’agenda positif » de Laurent Fabius, une remarquable intuition !

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