Archives de catégorie : Changements climatiques

Les renouvelables à l’Assemblée

C’est la semaine de tous les espoirs, mais aussi de tous les dangers, pour les énergies renouvelables. L’Assemblée nationale examine en séance publique, du 5 au 9 décembre, le projet de loi d’accélération de leur développement. Un texte dicté par la double urgence des dérèglements climatiques et des risques de rupture d’approvisionnement énergétique dans les mois et années à venir. Mais l’Assemblée nationale, très divisée, saura-t-elle se hisser à la hauteur de l’enjeu ? Y aura-t-il une majorité pour voter ce texte – et si oui, sera-t-il en mesure d’atteindre son objectif ? Continuer la lecture

Le déploiement des énergies renouvelables est bien un intérêt public majeur

Voici la tribune que j’ai signé avec Alain Grandjean, économiste, Jean Jouzel, climatologue et Noël Mamère, écologiste, publié ce lundi matin 5 décembre sur le site de Libération.

L’Assemblée nationale examinera du 5 au 9 décembre en séance publique le projet de loi d’accélération des énergies renouvelables, adopté par le Sénat en première lecture début novembre. Le projet vise à simplifier les procédures afin de réduire les délais de réalisation des parcs éoliens et solaires (notamment), à mobiliser des espaces dégradés ou délaissés, à planifier le développement de l’éolien maritime et à mieux partager la valeur ainsi créée avec les territoires.

Une disposition essentielle du texte affirme que les projets d’installations ou de stockage d’énergie renouvelable sont réputés répondre à une raison impérative d’intérêt public majeur, s’ils satisfont des conditions qui seront définies par décret en Conseil d’Etat. Une disposition similaire est au cœur des projets européens de révision de la Directive renouvelable « Fit for 55 » et de l’amendement « REPowerEU ».

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La décrue des énergies fossiles s’amorce, mais reste trop lente.

La publication simultanée de deux rapports, l’un des Nations-Unies, l’autre de l’Agence internationale de l’énergie, apparemment contradictoires, apporte de nombreuses informations nouvelles sur l’état de la transition énergétique dans la foulée de la guerre en Ukraine et de la forte augmentation des prix des énergies fossiles et de l’électricité.

Attention, risques de dissonance cognitive, menaces d’entorses au cerveau. Antonio Guterres, patron des Nations-Unis, et Fatih Birol, patron de l’Agence internationale de l’énergie, viennent de faire des déclarations qui semblent totalement contradictoires. Guterres, présentant jeudi 27 le rapport Emissions Gap du programme des nations-unies pour l’environnement (PNUE), a affirmé que le monde se dirigeait vers « une catastrophe mondiale », un réchauffement global de 2,8°C, les engagements des pays étant « pitoyablement pas à la hauteur ». Présentant le même la publication annuelle phare de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le World Energy Outlook, Birol a lui plutôt souligné que le monde approchait d’un tournant historique vers un futur plus propre et plus sûr : dans tous les scénarios du WEO, la demande mondiale pour chacun des combustibles fossiles approche de son sommet (ci-dessus). La crise provoquée par l’invasion de l’Ukraine entraîne de profonds changements dans le monde de l’énergie, à commencer par celui de l’électricité (ci-dessoous), qui sont appelé à durer.

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Les efforts de la CRE ne suffiront pas

A la demande du gouvernement, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a publié le 30 août une version modifiée de l’ensemble des cahiers des charges des appels d’offres dit « CRE 4 » et « PPE 2 ». Cette mesure exceptionnelle facilitera la mise en service rapide de 6 GW éolien et solaire mis en difficulté par l’augmentation des coûts des matières premières et des crédits, intervenus depuis que les développeurs ont répondu aux appels d’offre. Essentiellement en repoussant l’entrée en vigueur des contrats de « complément de rémunération ».

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L’élection de Madame Le Pen serait un désastre pour le climat

« L’urgence est de rompre avec une écologie dévoyée par un terrorisme climatique qui met en danger la planète, l’indépendance nationale et plus encore, le niveau de vie des Français ». Un terrorisme climatique, pas moins, voilà ce qu’on peut lire dans le Projet pour la France de Marine Le Pen, cahier « M L’écologie ». Nous sommes habitués à d’âpres débats sur les renouvelables et le nucléaire au nom du climat, mais là nous entrons dans une autre dimension : la remise en cause de toute tentative de réduire nos gaz à effet de serre, avec de redoutables effets d’entrainement aux échelles européenne et mondiale.

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Les renouvelables, le dernier espoir du GIEC

Les deux premiers volets du sixième rapport d’évaluation du GIEC, parus en août dernier (The Physical Science Basis) et en février (Impacts, Adaptation and Vulnerability) furent les plus inquiétants jamais parus. Le troisième (Mitigation of Climate Change), publié le 4 avril, apporte une lueur d’espoir en plaçant les énergies renouvelables au cœur de toute stratégie de lutte contre les dérèglements climatiques. Quant au nucléaire, jamais le GIEC ne lui avait accordé un rôle aussi mineur.

Cinq minutes et douze secondes : c’est le temps qu’il a fallu à António Guterres, secrétaire général des Nations Unies, pour résumer d’une façon saisissante le troisième volet du sixième « rapport d’évaluation » du groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, le GIEC.

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Découpler les émissions de CO2 et l’économie, c’est possible et souhaitable

Avec l’aimable autorisation du Monde, je reproduis ici le texte de la Tribune que le quotidien du soir a publié aujourd’hui dans son édition datée du 5 novembre 2021

D’un fétichisme de la croissance assurément critiquable, quoiqu’encore très prégnant parmi le personnel politique, serions-nous en train de basculer sans transition vers un fétichisme de la décroissance ? C’est affaire de transition, justement, énergétique et environnementale, mais l’idée se répand qu’elle ne serait possible qu’à raison de la décroissance du volume de l’économie. Autrement dit, on ne saurait « découpler » l’activité économique des atteintes à l’environnement, et d’abord des émissions de gaz à effet de serre. Or, au moins en ce qui concerne ce dernier paramètre, clé de notre maîtrise – ou non – des dérèglements climatiques, ce pessimisme radical et démobilisateur est erroné. Non, ce fameux « découplage » n’est pas une chimère.

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Dans la transition, l’extraction minière diminue!

Oui voilà qui va surprendre les fans de Pitron ou Jancovici, et même beaucoup d’autres, par exemple les lecteurs de l’étude l’AIE que je mentionne ici. Car jusqu’ici, on a rarement rapproché les quantités de roches à extraire du sous-sol pour obtenir les minéraux dont nous avons besoin pour la transition énergétique (et bien d’autres choses), des quantités de combustibles minéraux solides dont on peut économiser l’extraction grâce au développement des renouvelables. Les chercheurs de l’institut japonais des études environnementales (NIES) viennent de le faire, et à ma connaissance c’est une première. Du coup, vous n’avez jamais vu un tel graphe – sauf bien sûr si vous étiez le 7 octobre à l’Unesco, au Colloque du Syndicat des Energies Renouvelables.

Takuma Watari et ses collègues des universités de Tokyo et Sidney ont étudié les besoins en métaux des renouvelables et des véhicules électriques sur la base du scénario Beyond 2° de l’AIE (Energy Technology Perspectives 2017), évalué l’ensemble des extractions nécessaires (incluant donc tous les déchets miniers), et rapporté cela à la baisse des extractions de charbon (et très accessoirement de gaz et de pétrole). Pour cela, ils se sont basés sur le scénarioIls ont présenté leurs résultats séparément, on voit ainsi que pour les véhicules les quantités augmententd, mais pour la production électrique elles diminuent fortement. Les échelles étant différentes, j’ai simplement repris leurs chiffres et construit un graphe unique avec les deux domaines – véhicules et production électriques – et les deux types de extraction minières – les extractions de combustibles, et les extractions visant à obtenir des métaux. On voit mieux ainsi qu’au fil de la transition énergétique les besoins de l’extraction minière diminue – si l’on veut bien tenir compte du charbon.

Ce serait bien de garder ça à l’esprit quand on vous dit que les renouvelables, les voitures électriques, le numérique, c’est horrible, il faut fouiller la terre pour extraire des matériaux, dépenser de l’énergie, etc.: toujours regarder ce qu’on vise à remplacer – le charbon notamment, le pétrole, une part importante des voyages d’affaires (pour le numérique), etc. Après, on compare ici les tonnages, on ne compare pas tous les effets sur l’environnement, l’eau, les sols… Mais sur la pollution de l’air et le changement climatique en tout cas, c’est sûr qu’il n’y a pas photo!

La secte étrange des adorateurs de l’ammoniac

Un vent d’optimisme souffle en ce début juin sur le zoo de Rotterdam, où se réunissent (quoique pour la plupart à distance, pandémie oblige) les adorateurs européens de l’ammoniac, à l’occasion du « NH3 Event 2021 ». Depuis un an, les annonces n’ont cessé de pleuvoir, qui prédisent des productions massives d’ammoniac à partir d’énergies renouvelables. Les partisans de cet « autre hydrogène », verront-ils leurs efforts enfin récompensés ?

A Nouakchott, pas plus tard que la semaine dernière, le ministre mauritanien du pétrole, des mines et de l’énergie, annonçait la construction d’une usine de 30 gigawatts d’électricité éolienne et solaire, sur 8 500 kilomètres carrés, afin de produire et d’exporter « de l’hydrogène vert et ses dérivés » sur les marchés mondiaux. Un investissement de 40 milliards de dollars, selon le développeur CWP Global, déjà à l’origine d’un projet similaire en Australie, l’Asian Renewable Energy Hub.

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