Archives de catégorie : Changements climatiques

Croissance et décroissance (2): la dynamique de l’éternuement

Les émissions mondiales de CO2, qui avaient paru stabilisées pendant deux ou trois ans, sont reparties à la hausse en 2018 et 2019. Pour beaucoup, la cause est entendue : c’est la preuve que le découplage est impossible. Il faudrait arriver à réduire chaque années nos émissions de pourcentages « sans précédent », et donc « irréalistes ». Notamment, comme l’a écrit un de mes contradicteurs sur LinkedIn, il faudrait réduire la consommation d’énergie très vite, irréaliste par la seule progression de l’efficacité énergétique, donc possible uniquement en faisant décroître l’économie. Bref, nous aurons bientôt perdu 30 ans – la Convention sur les changements climatiques fut signée à Rio en 1992 – à discutailler, ergoter et ne rien faire, ou si peu.

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Croissance et décroissance. 1: la démystification démystifiée

 

La décroissance est à la mode, et ses défenseurs prétendent l’appuyer sur la démystification du “découplage” entre croissance et pressions sur l’environnement (et notamment les émissions de gaz à effet de serre), qui serait selon eux une impossible. Ont-ils raison?

« La croissance est malade, qu’elle crève ! » Cette condamnation sans appel, c’est l’auteur de ces lignes qui la formulait dans un éditorial de « la Gueule ouverte – combat non violent », le journal qui annonçait la fin du monde avec quarante ans d’avance, et peut-être, on l’espère, un peu plus. C’était en août 1978. André Gorz, alias Michel Bosquet, avait alors déjà évoqué la nécessité d’une « décroissance ». Mais si j’évoque ce passé lointain c’est pour questionner plus au fond ce concept de décroissance.

Tout d’abord, ce concept utilise au fond le même critère que la croissance. Implicitement, ce qui croît ou décroît, c’est le volume de l’économie, le produit intérieur (ou mondial) brut. Ce concept a été critiqué mille fois, car il compte dans le positif les accidents de la route et les journées d’hôpital, mais pas la bonne santé qui n’entraîne pas de dépenses spécifiques. C’est même de la critique du concept de PIB qu’est née, pour une bonne part, la critique du concept de croissance. Mais cette critique s’applique tout aussi bien au concept de décroissance. Si le thermomètre ne vaut rien, comment savoir si la température croît ou décroît, et que signifie une recommandation dont elle serait l’objet ?

J’avoue préférer au concept de décroissance celui de sobriété. Renoncer au superflu est une dimension essentielle de l’action pour préserver le climat. Mais cela ne saurait suffire. Dans le cas des émissions de gaz à effet de serre, dont l’utilisation de charbon, pétrole et gaz est la source principale, il faut associer à la sobriété l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables, comme l’illustre ci-contre l’association Negawatt.

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Le craquage du méthane: un game-changer pour la production d’hydrogène propre?

Bien entendu, mes fidèles lecteurs se sont rués sur le rapport de l’AIE The Future of Hydrogen. Ils auront peut-être même remarqué un encadré p.41 dans lequel nous évoquons la production d’hydrogène et de carbone solide par craquage du méthane. Je parlais déjà sur ce blog il y a un an des travaux de Laurent Fulchéri et des projets – en cours – de Monolith Materials aux Etats-Unis. Ce que j’ignorais, en revanche, et que j’ai découvert récemment, c’est à quel point le sujet intéresse les Allemands, au moins certains d’entre eux, et par exemple le géant de la chimie BASF. Qui se trouve bien plus avancé que je ne le pensais. Continuer la lecture

L’avion vert n’est pas une option, mais une nécessité

Alternatives Economiques consacre son dossier de juin à la croissance vertigineuse du transport aérien et son impact environnemental, montrant la légitimité d’une taxation du transport aérien. Cette taxe, actuellement en débat, n’aurait cependant selon Alter Eco guère d’effet sur les émissions spécifiques des avions, puisque « les principales améliorations techniques sont derrière nous ». L’Energy Transition Commission (ETC) pointe pourtant de multiples progrès d’efficacité à venir. Reste que ceux-ci réduisent le coût du transport aérien, favorisant en retour l’augmentation du trafic – « l’effet rebond » des économistes de l’énergie – ce qui renforce l’intérêt d’une taxation.

Faut-il pour autant admettre avec Alter Eco que « l’avion vert est à ce jour une illusion » – et donc considérer que l’aviation pourra ralentir la croissance de ses émissions mais pas les réduire vraiment? Peut-être pas. Scientifiques et ingénieurs explorent de multiple pistes – passons les rapidement en revue.

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Mission Possible

Parvenir à la neutralité carbone dans les secteurs de l’industrie lourde et des transports lourds est techniquement et financièrement possible d’ici 2050 dans les pays développés – 2060 dans les économies en développement – et pourrait coûter moins de 0,5 % du PIB mondial, selon le rapport publié lundi 19 novembre par la Energy Transitions Commission (ETC). Ce rapport, intitulé Mission Possible : Atteindre la neutralité carbone dans les secteurs difficiles à décarboner d’ici le milieu du siècle présente les voies possibles pour la décarbonisation complète des secteurs de la cimenterie, de la sidérurgie, des industries plastiques, des transports routiers, maritimes et aériens qui, ensemble, représentent aujourd’hui 30 % des émissions énergétiques – et pourraient même passer à 60 % d’ici le milieu du siècle alors que d’autres secteurs réduisent leurs émissions.

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Tout sur l’hydrogène et les electro fuels.

Le 4 septembre dernier j’ai eu le privilège de m’adresser à la deuxième conférence nationale chilienne sur l’hydrogène, avec un “keynote speech” qui m’a permis de détailler  ce qu’on peut attendre de l’hydrogène dans la transition écologique. Ma présentation est elle en anglais. Quelques jours après, l’AIE co-organisait avec la Commission Européenne un workshop sur les electro fuels. J’ai fourni l’introduction et un document de background – actuellement en révision. 

Les renouvelables pour l’industrie

Le voilà, tout frais tout chaud, fruit de près de deux ans de boulot: mon Insight Paper Les énergies renouvelables pour l’industrie“, 72 pages (en anglais), 20 illustrations, 0 euro. Publié jeudi 9 novembre sur le site de l’AIE et en même temps, à Pékin, au siège de l’agence Chine Nouvelle ou “Xinhua News Agency”, qui en a fait de multiples dépêches en anglais et en chinois. Et certaines informations ont éveillé un certain intérêt en Australie et aux Etats-Unis.

Je présente ce rapport à la COP23 à Bonn le 15 Novembre à 15h30 au Pavillon Nordique. La session sera animée par notre directeur exécutif adjoint de l’AIE M. Paul Simons. Parmi les speakers invites, des représentants du projet suédois d’aciérie verte Hybrit, de Yara international la companie norvégienne de fertilisants, et de la compagnie islandaise Carbon Recycling International.

Avis de coup de vent et de coup de soleil!

Pour vraiment décarboniser notre économie et arriver aux émissions nettes nulles de CO2 qui seules peuvent stabiliser les concentrations de gaz carbonique dans l’atmosphère, il nous faudra beaucoup, beaucoup d’énergies renouvelables. Et on ira sans doute les chercher… là où elles abondent. C’est du moins ce que je pense montrer dans ce rapport de l’AIE sur les renouvelables pour l’industrie.

Où faut-il chercher les meilleures resources d’éolien et de solaire? Cette carte, établie par les chercheurs de l’université de Lappeenranta en Finlande, indique en jaune tournant à l’orange puis au rouge les zones où la combinaison éolien et solaire est la plus productive. Elle est mesurée par le facteur de capacité, exprimé en équivalent heures pleines, d’un mix éolien et solaire, après déduction des kwh en excès lorsque la puissance effective de 1 MW d’éolien et 1 MW de solaire dépasserait 1 MW au total.

Dans ces zones rouges – le sud marocain et la Mauritanie, la corne de l’Afrique, le nord du Chili, la Patagonie, l’Australie occidentales, mais aussi le Tibet, et le middle-west américain, le nord-est du Brésil, fournissent les meilleures ressources: à coût d’investissement comparable, le kWh y sera le moins cher, et largement disponible, ce qui aiderait beaucoup au fonctionnement technique et à l’équilibre économique des investissements qui pourraient être faits pour transformer cette électricité, via électrolyse de l’eau, en une forme d’énergie facilement stockable et exportable – allez, au hasard, de l’ammoniac

Mais comment direz-vous, tout l’intérêt des renouvelables ne tient-il pas dans leur bonne repartition globale – il y a au moins un peu de soleil et de vent partout, ce qui n’est pas le cas des combustibles fossiles…? En fait non, c’est certes un atout mais íl ne faut pas s’en tenir là, la sécurité énergétique ce n’est pas l’autonomie, c’est la diversité des produits et des producteurs, et il ne faut pas être jusqu’auboutiste du “local is beautiful”. Dès lors qu’on a besoin d’un produit vraiment stockable, il est également transportable sur la longue distance, par bateau le surcoût énergétique reste très faible, alors pourquoi vouloir à tout prix tout faire “chez nous”, si c’est deux ou trois fois moins cher plus loin, non pas parce qu’on y paie pas la main d’oeuvre ou qu’on y déverse pollutions et déchets, mais parce que le soleil y brille et le vent y souffle plus fort et plus longtemps. Et il faudrait ajouter, si dans notre Europe bien peuplée on arrive déjà à un taux très élevé de renouvelables dans le mix électrique il restera beaucoup à faire pour décarboniser au-delà l’ensemble du mix énergétique et non, on n’arrivera peut-être pas à mettre des panneaux PV et des turbines partout – alors que certains territoires très ventés et ensoleillés sont souvent très peu peuplés (ce n’est peut-être pas une coincidence).

Pour vraiment décarboniser notre économie, non seulement la production actuelle d’electricité mais aussi les transports et l’industrie – surtout l’industrie, avec l’acier, le ciment, les produits chimiques, les économies d’énergie et les renouvelables à proximité immediate ne suffiront pas. Il en faudra advantage, qu’on ira chercher un peu plus loin, ainsi qu’on le fait pour les ananas ou le café qui ne poussent pas vraiment en Europe. Et tout le monde – exportateurs et importateurs – devrait y gagner.

Voilà une des choses que je discute dans ce papier, Renewable Energy for Industry, disponible le 9 novembre 2017 sur le site de l’aie, www.iea.org, allez à publications puis à insight papers.

 

 

 

Producing industrial hydrogen from renewable energy

(Je reproduis ici, avec mon aimable autorisation, un papier que l’AIE a bien voulu mettre sur son site web; j’en profite pour remercier les collègues qui l’ont… apprécié, puis “édité” (amélioré) et finalement mis en ligne).

Over 60 million tonnes of hydrogen are produced every year for a range of industrial purposes, including ammonia production, hydrocracking (breaking complex hydrocarbons into lighter fuels), and removing sulfur from fossil fuels.

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