Lecture: Le Mythe des Energies Renouvelables

Climato-sceptique revendiqué, Rémy Prud’homme a presque mis ce drapeau dans sa poche cette fois-ci pour mieux dénoncer « le mythe des énergies renouvelables » [1]. Sa critique se concentre sur le solaire et l’éolien. Prompt à dénoncer les raccourcis de la presse ou des politiques, comme la confusion fréquente entre puissance et énergie, il cède lui-même à la facilité, mettant en relief la réduction des émissions mondiales de CO2 que permettrait le remplacement de la production thermique électrique française ou allemande, pour aussitôt élargir « aux pays développés ».

Prud’homme concentre ses critiques sur « l’intermittence » de l’éolien et du solaire, et leur coût. Sans être inédite, son analyse de leur variabilité est argumentée, malgré des faiblesses criantes. Ainsi, l’auteur n’a aucune idée de l’évolution technologique de l’éolien depuis dix ans, vers des aires balayées plus importantes à puissance égale, et donc des facteurs de capacité en forte croissance. Il écrit qu’on ne peut plus construire de stations de transfert d’énergie par pompage en France, alors que les possibilités restent très importantes. Mais il note à raison qu’il est inconséquent de défendre les renouvelables en feignant d’ignorer le rôle majeur de l’hydroélectricité – voire en la combattant.

On sera moins indulgent pour ses analyses économiques – ou plutôt comptables. A l’évidence il n’a pas pris la mesure de l’évolution des coûts. « Imaginons, écrit-il drôlement, une baisse de 30% par rapport aux prix actuels (?) du prix des panneaux PV et des turbines des éoliennes. Comme ces composants représentent environ la moitié du coût total de ces électricités, le coût total baisserait d’environ 15%. ». A se demander comment on a pu diviser le coût du kWh PV par huit en dix ans…

Avec l’éolien et le solaire, écrit-il, les filières classiques « vont vendre moins d’électricité à un prix plus faible dans un contexte de coûts croissants ». Redondance rhétorique: le coût de l’électricité thermique augmente car la charge des centrales diminue si elles vendent moins …[2]

Alors oui, les premiers pas de l’éolien et surtout du solaire ont coûté cher. Mais une approche comptable ne remplace pas l’analyse économique. L’auteur fixe à 25 €/MWh le prix de l’électricité « classique » en Europe, contre 100€ pour les renouvelables, afin d’affirmer qu’introduire 20% de renouvelables accroît le prix de vente de l’électricité de 60%. Mais comparer le coût moyen du kWh renouvelable aujourd’hui, plombé par les premiers gigawatts PV installés, avec le seul coût marginal de centrales nucléaires amorties, est de peu d’intérêt pour la décision, tournée vers l’avenir. Sauf à supposer que les centrales nucléaires seront là pour toujours… et domineront le mix européen [3] !

C’est là l’impensé majeur de l’ouvrage. Il faut attendre la page 302 pour que Prud’homme admette que « dans quinze ou vingt ans nos centrales nucléaires finiront bien par fermer. » Il faudra alors les remplacer, « soit par des installations solaires et éoliennes neuves, soit par des centrales nucléaires neuves ». En l’espace d’une nuit ?

Evidemment non. A supposer que toutes les centrales nucléaires voient prolonger leur exploitation de dix ou vingt ans (peu probable), le « mur de déconstruction » suppose une sérieuse anticipation. Celle-ci a déjà permis de démentir les affirmations répétées des électriciens quant à l’impossibilité de dépasser des pourcentages sans cesse croissants d’énergie renouvelables. Et de réduire considérablement les coûts, grâce à quoi les consommateurs d’électricité européens ont fait émerger des technologies propres, sures et peu chères.

 

[1] Le Mythe des énergies renouvelables, Rémy Prud’homme, L’Artilleur, 315 p. – Critique publiée avec l’aimable autorisation du Journal des Energies Renouvelables.

[2] Et en supposant que le prix des combustibles reste constant malgré la baisse relative de la demande.

[3] Le nucléaire a fourni 23% de l’électricité européenne en 2016, les énergies fossiles 44%.

Une réflexion au sujet de « Lecture: Le Mythe des Energies Renouvelables »

  1. Ph.Peyroche

    Le livre a le mérite ,rare , de signaler (page 159 ) que la comptabilité ,quel que soit son champ d’application ,est impuissante à évaluer le coût des dommages sociétaux comme la valeur d’un paysage . Cet aspect fondamental est ignoré de tous les esprits positivistes ,ou plutôt utilitaristes ,dépourvus de sensibilité environnementale .
    Or la France compte déjà près de 10000 machines éoliennes . le plus souvent placées en des sites visibles ,naturels ou culturels .La défense officielle des paysages est une mascarade que tous les membres des Commissions des Sites (CDNPS) connaissent par expérience .

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