Archives de catégorie : Changements climatiques

Les renouvelables pour l’industrie

Le voilà, tout frais tout chaud, fruit de près de deux ans de boulot: mon Insight Paper « Les énergies renouvelables pour l’industrie« , 72 pages (en anglais), 20 illustrations, 0 euro. Publié jeudi 9 novembre sur le site de l’AIE et en même temps, à Pékin, au siège de l’agence Chine Nouvelle ou « Xinhua News Agency », qui en a fait de multiples dépêches en anglais et en chinois. Et certaines informations ont éveillé un certain intérêt en Australie et aux Etats-Unis.

Je présente ce rapport à la COP23 à Bonn le 15 Novembre à 15h30 au Pavillon Nordique. La session sera animée par notre directeur exécutif adjoint de l’AIE M. Paul Simons. Parmi les speakers invites, des représentants du projet suédois d’aciérie verte Hybrit, de Yara international la companie norvégienne de fertilisants, et de la compagnie islandaise Carbon Recycling International.

Avis de coup de vent et de coup de soleil!

Pour vraiment décarboniser notre économie et arriver aux émissions nettes nulles de CO2 qui seules peuvent stabiliser les concentrations de gaz carbonique dans l’atmosphère, il nous faudra beaucoup, beaucoup d’énergies renouvelables. Et on ira sans doute les chercher… là où elles abondent. C’est du moins ce que je pense montrer dans ce rapport de l’AIE sur les renouvelables pour l’industrie.

Où faut-il chercher les meilleures resources d’éolien et de solaire? Cette carte, établie par les chercheurs de l’université de Lappeenranta en Finlande, indique en jaune tournant à l’orange puis au rouge les zones où la combinaison éolien et solaire est la plus productive. Elle est mesurée par le facteur de capacité, exprimé en équivalent heures pleines, d’un mix éolien et solaire, après déduction des kwh en excès lorsque la puissance effective de 1 MW d’éolien et 1 MW de solaire dépasserait 1 MW au total.

Dans ces zones rouges – le sud marocain et la Mauritanie, la corne de l’Afrique, le nord du Chili, la Patagonie, l’Australie occidentales, mais aussi le Tibet, et le middle-west américain, le nord-est du Brésil, fournissent les meilleures ressources: à coût d’investissement comparable, le kWh y sera le moins cher, et largement disponible, ce qui aiderait beaucoup au fonctionnement technique et à l’équilibre économique des investissements qui pourraient être faits pour transformer cette électricité, via électrolyse de l’eau, en une forme d’énergie facilement stockable et exportable – allez, au hasard, de l’ammoniac

Mais comment direz-vous, tout l’intérêt des renouvelables ne tient-il pas dans leur bonne repartition globale – il y a au moins un peu de soleil et de vent partout, ce qui n’est pas le cas des combustibles fossiles…? En fait non, c’est certes un atout mais íl ne faut pas s’en tenir là, la sécurité énergétique ce n’est pas l’autonomie, c’est la diversité des produits et des producteurs, et il ne faut pas être jusqu’auboutiste du « local is beautiful ». Dès lors qu’on a besoin d’un produit vraiment stockable, il est également transportable sur la longue distance, par bateau le surcoût énergétique reste très faible, alors pourquoi vouloir à tout prix tout faire « chez nous », si c’est deux ou trois fois moins cher plus loin, non pas parce qu’on y paie pas la main d’oeuvre ou qu’on y déverse pollutions et déchets, mais parce que le soleil y brille et le vent y souffle plus fort et plus longtemps. Et il faudrait ajouter, si dans notre Europe bien peuplée on arrive déjà à un taux très élevé de renouvelables dans le mix électrique il restera beaucoup à faire pour décarboniser au-delà l’ensemble du mix énergétique et non, on n’arrivera peut-être pas à mettre des panneaux PV et des turbines partout – alors que certains territoires très ventés et ensoleillés sont souvent très peu peuplés (ce n’est peut-être pas une coincidence).

Pour vraiment décarboniser notre économie, non seulement la production actuelle d’electricité mais aussi les transports et l’industrie – surtout l’industrie, avec l’acier, le ciment, les produits chimiques, les économies d’énergie et les renouvelables à proximité immediate ne suffiront pas. Il en faudra advantage, qu’on ira chercher un peu plus loin, ainsi qu’on le fait pour les ananas ou le café qui ne poussent pas vraiment en Europe. Et tout le monde – exportateurs et importateurs – devrait y gagner.

Voilà une des choses que je discute dans ce papier, Renewable Energy for Industry, disponible le 9 novembre 2017 sur le site de l’aie, www.iea.org, allez à publications puis à insight papers.

 

 

 

Producing industrial hydrogen from renewable energy

(Je reproduis ici, avec mon aimable autorisation, un papier que l’AIE a bien voulu mettre sur son site web; j’en profite pour remercier les collègues qui l’ont… apprécié, puis « édité » (amélioré) et finalement mis en ligne).

Over 60 million tonnes of hydrogen are produced every year for a range of industrial purposes, including ammonia production, hydrocracking (breaking complex hydrocarbons into lighter fuels), and removing sulfur from fossil fuels.

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Le pouvoir n’est pas dans le gaz

Plus ça va et moins je crois au « power to gas » comme un bon moyen de stocker les énergies renouvelables éoliennes et solaires « excédentaires ». Les arguments sont connus: nous n’avons guère de moyens de stocker l’électricité en grands volumes et pour de longues durées, sans la transformer en composés chimiques faciles à conserver – par exemple en réutilisant les stockages dont nous disposons déjà pour le gaz naturel. En transformant l’électricité en pseudo- Continuer la lecture

Un monde sans émissions de CO2

L’Accord de Paris l’affirme: pour maintenir le réchauffement global « bien au-dessous » de 2°C, son objectif principal, il faudra au cours de la deuxième moitié du siècle parvenir à zéro émissions nettes de gaz à effet de serre.

Extrait du dernier World Energy Outlook, ce graphe montre que les scénarios 2°C, « well below 2°C » voire « 1.5°C » ont en commun de nécessiter des émissions nettes nulles, de préférence entre 2040 et 2060, à moins de supposer des émissions négatives un peu plus tard.

Pour y parvenir, on devra non seulement « tout électrifier » ou presque, mais aussi produire des vecteurs énergétiques gazeux et liquides à base d’hydrogène ex-renouvelables, tels l’hydrogène gazeux, des composés azotés comme l’ammoniaque, ou des alcools ou hydrocarbures synthétiques mais « neutres en carbone » donc fabriqués avec du carbone pris dans l’atmosphère. Des « carburants » liquides de préférence, donc faciles à transporter par pipe-lines et bateaux et faciles à stocker. Il y faudra des usines alimentées en électricité par une combinaison d’énergies solaire, éolienne, et éventuellement hydraulique situées dans les endroits du globe où ces ressources sont les plus abondantes et régulières, comme la Patagonie, la corne de l’Afrique, l’Australie occidentale, le Sahara occidental… et quelques autres un peu moins favorables mais plus proches.  A problème mondial, réponse mondiale. Non seulement la participation de tous les pays est indispensable, mais de plus, il faut se faire une raison: un monde sans carbone ne sera pas totalement décentralisé et vernaculaire. Non, les renouvelables ne donneront pas à tous les pays les moyens d’une indépendance énergétique totale – il s’en faut de beaucoup. Dissipons les illusions pour mieux penser… euh… un futur désirable (pardon) mais réaliste. J’y reviendrai dans une série de notes à venir.

La réponse de John Ashton au PDG de Shell

ashtonBon d’accord, c’est pas d’aujourd’hui, c’était même avant COP21, une autre époque. Mais la réponse de John Ashton, ancien négociateur britannique sur les changements climatiques, à Ben van Beurden, le PDG de Shell, mérite d’être connue – elle vaut son pesant de moutarde.

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Vers l’acier sans émissions de GES

carbonfree steelmaking

La nouvelle est passée pratiquement inaperçue, or c’est une avancée majeure dans la voie d’une économie avec zéro émissions nettes de gaz à effet de serre. Les sidérurgistes suédois SSAB et LKAB se sont associés à l’électricien Vattenfall pour développer Hybrit, un procédé de fabrication d’acier sans émissions de CO2 basé sur les énergies renouvelables.

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COP 21: le tipping point?

Un tipping point, c’est quand les choses basculent de façon irréversible – par exemple quand un glacier, miné par le réchauffement climatique, s’effondre dans la mer. L’accord conclu au Bourget le 12 Décembre est probablement un tipping point dans la transition énergétique mondiale et la maîtrise des changements climatiques.

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De Copenhague 2009 à Paris 2015: ce qui a changé

MonizC’est un simple graphe, montré hier à la Ministérielle de l’AIE par le ministre américain de l’énergie, Ernest Moniz. Il montre l’évolution des coûts de cinq technologies, en six ans: l’éolien terrestre, le photovoltaïque décentralisé, les grandes centrales photovoltaïques, l’éclairage par LED. Les réductions vont de 40% pour l’éolien à 90% pour l’éclairage, en passant par 50% et 60% pour le PV, 70% pour les batteries. Et c’est ça qui change tout dans les négociations sur les changements climatiques: le potentiel d’actions à coûts faibles ou nuls, justifiées par de multiples bénéfices – sécurité énergétique, qualité de l’air, potentiel de croissance – s’est accru de façon incroyable en très peu de temps.

Lorius: les lecteurs de l’Express ont su les premiers

ExpressPendant 140 000 ans, les variations de la température à la surface du globe et les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont évolué de concert – et pour ces dernières n’ont dépassé les 300 ppmV qu’au vingtième siècle. Ces résultats qui assurent aujourd’hui – grâce au film La Glace et le ciel – une renommée méritée à Claude Lorius, les lecteurs de l’Express ont été les premiers à en connaître, le 26 juin 1987, avant même les lecteurs de Nature – le 1er octobre de la même année, où Claude Lorius, Dominique Raynaud, Jean Jouzel et les autres publièrent leurs découverte. Ils avaient des bons pigistes, alors, à l’Express… 😉

(Cliquer sur la repro pour lire l’article en entier).