Archives de l’auteur : Cédric Philibert

“The good news is that China, the world’s biggest polluter, has started to clean up its act.”

Interview by Pascal Riché
Published on December 14, 2025, at 6:30 a.m., modified on December 14, 2025, at 4:25 p.m.
Reading time: 5 min.

The Chinese are on track to succeed in their bid to green their economy. Admittedly, they are continuing to open coal-fired power plants, but these are more flexible than the old ones and are designed to support renewable energies, explains economist Cédric Philibert in an interview with Le Monde . »
Cédric Philibert is a researcher who is fairly optimistic about the energy transition. An expert at the International Energy Agency for nineteen years, he published Climat. Les énergies de l’espoir (Climate: The Energies of Hope) (Les Petits Matins, 224 pages, €20) in October. According to him, the industrial choices made by China will accelerate the decarbonization of energy in that country, but also in others.


You predict an “avalanche” of greenhouse gas reductions, fueled by Chinese green technologies. Will the world’s biggest polluter save the planet?
What is certain is that if the biggest polluter does not clean up its act, we will not save the planet. The good news is that China has started to do so. This is the result of a strategy that began some fifteen years ago. Chinese greenhouse gas emissions plateaued eighteen months ago. We must be cautious, but it is likely that they will begin to decline even before China’s official 2030 target. And, at the same time, so will global emissions. By 2025, global solar energy production capacity will increase by around 650 gigawatts, more than 50% of which will be in China. One gigawatt is the power output of a nuclear power plant.

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Nous disposons de presque toutes les technologies disponibles

Avec mon aimable autorisation, je reproduis ici l’entretien que j’ai donné à l’excellent Rémi Noyon du Nouvel Observateur, qui l’a publié en ligne le 10 novembre dernier, jour d’ouverture de la COP-30 à Belèm.

Alors que les nouvelles du front climatique sont souvent bien sombres, des optimistes sont convaincus que nous sommes en train de vivre les prémisses d’une véritable révolution énergétique. Cédric Philibert est l’un d’eux. Ce spécialiste des politiques de décarbonation qui a travaillé près de vingt ans à l’Agence internationale de l’Energie (AIE), vient de publier un ouvrage dont le titre résume le propos : « Climat. Les énergies de l’espoir » (Les Petits Matins). Nous l’avons rencontré pour essayer de nous remonter le moral.

A vos yeux, nous sommes en train de vivre une véritable révolution énergétique. Quelle est-elle ?

Le déploiement de l’énergie solaire est si rapide qu’il surprend même les analystes les plus optimistes. Il faut prendre la mesure de ces chiffres. En 2010, on installait 1 GW de solaire par mois. En 2015, il ne fallait plus qu’une semaine. En 2023, plus qu’un jour. Environ 585 GW furent installés en 2024. C’est la Chine qui tire cette incroyable croissance, qui a des allures d’exponentielle. Quand on me dit : « On fera des efforts quand les Chinois en feront », j’ai envie de hurler. Non seulement la Chine verdit son électricité, mais elle électrifie toute son économie : panneaux solaires, éoliennes, batteries, voitures électriques…

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La mise sous cocon de réacteurs, pour préserver l’avenir

Face à un surplus temporaire d’électricité, certains ont la tentation de stopper le déploiement de l’éolien et du solaire. Ce serait une lourde erreur qui nous mettrait dans une grande situation de faiblesse devant la fin programmée des réacteurs nucléaires existants, et la très grande difficulté d’en construire de nouveaux à des conditions de prix acceptables.

Mieux vaudrait-il mettre quelques réacteurs nucléaires sous cocon, et garder l’option de les redémarrer dans quelques années si le besoin s’en fait sentir. Cela permettrait de gérer plus en soulesse la « falaise de déconstruction » qu’une prolongation à 50 ou même 60 ans de fonctionnement, si elle est possible, ne fait que repousser.

Voir notre tribune (avec Clément Bayard, André Joffre, Antoine Bonduelle et Stéphane His) sur le site des Echos du 13 octobre 2025.

« Mettre les réacteurs nucléaires sous cocon, cette option méconnue à explorer d’urgence » _ 

La transition ne manquera pas de cuivre!

Certains auteurs affirment que la transition énergétique est vouée à l’échec en raison de la rareté des métaux et de l’augmentation des coûts énergétiques de l’extraction. À mesure que les teneurs en minerai diminuent, l’exploitation minière nécessiterait davantage de combustibles fossiles, ce qui entraînerait une augmentation des émissions de gaz à effet de serre susceptible de compromettre les efforts de décarbonation. En outre, ils avertissent que l’expansion des opérations minières peut entraîner une consommation accrue d’eau douce, une production de déchets plus élevée et une dégradation inacceptable de l’environnement.

Un examen plus approfondi de l’exploration et de l’exploitation minières suggère toutefois que ces préoccupations sont sans doute exagérées. Les progrès de la technologie minière ont permis l’extraction efficace de gisements à faible teneur sans augmentation majeure de la consommation d’énergie. Comme l’illustre le cas du cuivre, les réserves et les ressources minérales n’ont cessé d’augmenter au fil du temps. Si l’exploitation minière a des incidences sur l’environnement, sa contribution à l’utilisation des sols, à la consommation d’eau et à la perte de biodiversité reste relativement faible. Les coûts des métaux ont augmenté mais sont restés largement abordables.
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La dimension stratégique de la flexiblité des systèmes électriques

L’Union européenne (UE) est engagée dans une transition énergétique visant surtout à remplacer les combustibles fossiles par l’électrification de la demande. Cet objectif repose sur une augmentation massive des énergies renouvelables (éolien, solaire) pour compléter les infrastructures nucléaires et hydroélectriques. Cependant, la variabilité naturelle de ces sources impose de nouvelles exigences en matière de flexibilité du système électrique.

Le développement de la flexibilité du système électrique est essentiel pour accompagner la transition énergétique en Europe. Une approche pragmatique et intégrée permettra de maximiser l’utilisation des énergies renouvelables tout en assurant la stabilité du réseau et la compétitivité économique du continent.

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Climat: Les énergies de l’espoir

Tadaaa! Climat, Les énergies de l’espoir, sortira en librairie le 16 octobre prochain, dans un mois tout juste.
J’y explique l’imminence de la réduction des émissions mondiales de CO2 grâce au déploiement accéléré de l’éolien et du solaire. Le potentiel de l’électrification pour chasser les énergies fossilles des bâtiments, des usines et des transports. J’y traite des secteurs plus difficiles à décarboner, le ciment, les avions, certaines émissions de l’agriculture. Je discute de la sobriété – et comment le thème de la décroissance dresse les populations contre le changement et en fait des proies pour les populismes.
Qu’elles viennent des défenseurs des énergies fossiles, des partisans de la décroissance ou des fanatiques du nucléaires, les remises en cause de la transition énergétique n’ont d’autre effet que de la retarder davantage et d’accroître les dangers du dérèglement climatique.
N’importe quel libraire pourra vous le procurer rapidement, pour la modique somme de 20 euros.

Les renouvelables et la sécurité énergétique

Le déclenchement de « l’opération militaire spéciale » russe en Ukraine, en 2022, a provoqué de profonds changements dans les circuits d’approvisionnement énergétique de l’Europe, mi-forcés mi-voulus. Les Européens se sont organisés pour importer davantage de gaz naturel liquéfié en provenance d’autres fournisseurs, et ont accéléré le développement des énergies renouvelables. Ce mouvement était déjà bien engagé, du fait de la volonté de l’Union européenne (UE) de décarboner massivement son économie.

La part des énergies renouvelables dans l’énergie finale consommée dans l’UE avait doublé depuis le début des années 2000, dépassant légèrement 20 % en 2021. Le changement était largement tiré par le secteur de la production d’électricité : les énergies fossiles fournissaient un peu plus de la moitié de l’électricité jusqu’en 2009, le nucléaire presque un tiers à son pic de 2002, l’hydroélectricité le reste. En 2021, le nucléaire était descendu au quart, et les énergies renouvelables faisaient jeu égal avec les fossiles, les unes et les autres à 37 %.

Cette carte affiche en rouge les quelques pays qui pourraient avoir du mal à satisfaire leur demande d’énergie seulement à partir de leur propre ressources renouvelables, conrairement à celles qui sont en bleu. Et plus ce bleu est foncé, plus les possibilités d’exportations sont grandes – voir texte.

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« Je baisse, j’éteins, je décale »

Je reproduis ici mon éditorial du Journal de l’Eolien n°57, publié en mars 2025.

Cette fois c’est officiel : notre bon vieux système « heures pleines/heures creuses » va être enfin
réformé. La Commission de régulation de l’énergie l’a annoncé : entre novembre 2025 et décembre 2027 – hâtons-nous lentement – des millions de consommateurs verront apparaître trois heures creuses en milieu de journée, et leurs huit heures creuses de nuit réduites à cinq. D’autres, qui ont déjà des heures creuses de jour, mais pas au bon moment, les verront déplacées vers le milieu de la journée 1. Cette mini-réforme sera pour beaucoup le signal tangible que quelque chose a changé dans la production d’électricité : une contribution croissante de l’énergie… photovoltaïque, surtout forte en milieu de journée… « Mais dis donc, Coco, tu te trompes de journal, me direz-vous. Ici, c’est le Journal de l’éolien ! Qu’a à voir cette réforme avec l’éolien ? » C’est justement là que je veux en venir. Pour intégrer davantage d’éolien, les recettes ne sont pas les mêmes que pour intégrer davantage de solaire. Parce que la variabilité est différente. Celle du solaire est à l’échelle de la journée. Le jour il fait soleil, la nuit non. Les heures creuses de jour, c’est pour absorber plus de solaire.

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Le réalisme devrait conduire la France à accélérer l’effort de déploiement des énergies éoliennes et solaires

Voici le texte de la tribune que Le Monde a bien voulu publier le 22 février 2025.

L’expert de l’énergie Cédric Philibert constate, dans une tribune au « Monde », que les gouvernements qui se succèdent continuent de privilégier l’électricité décarbonée grâce au nucléaire, au détriment des énergies renouvelables. Une erreur, selon lui.

Les chiffres que vient de publier le laboratoire d’idées Ember montrent que la France est en passe de devenir la lanterne rouge du solaire en Europe. Malgré une accélération en 2024, il n’a encore fourni qu’un peu plus de 4 % de notre électricité, contre 11 % en Europe, où il a fait mieux que le charbon pour la première fois. Le solaire fournit plus de 20 % de leur électricité à l’Espagne, la Grèce, la Hongrie, le Luxembourg, Chypre ; plus de 15 % à l’Allemagne, l’Estonie, les Pays-Bas, la Lituanie, Malte ; plus de 10 % à l’Autriche, la Belgique, l’Italie, le Portugal ; plus de 5 % enfin, à la Pologne, la Roumanie, la Slovénie. Seuls font moins bien que la France deux champions de l’éolien, la Finlande et l’Irlande, et la Slovaquie, qui a opté pour le nucléaire. Et c’est le moment que choisit le gouvernement, semble-t-il, pour réviser à la baisse l’ambition solaire du pays.

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